Québec

« Une porte d’accès à un nouvel avenir »

Le Mur fortifié du Vieux-Québec devient
« une porte d'accès à un nouvel avenir
pour le Québec et pour le Canada »

(1867 à 1939)

Contrairement à la période précédente (1832 à 1866), laquelle a marqué l'apogée du Mur fortifié du Vieux-Québec en tant qu'élément le plus important du système de défense de la ville de Québec, cette période-ci (1867 à 1939) sera marquée dans un premier temps, de 1867 à 1871, par son plus bas niveau d'utilité à des fins militaires. De ce point de vue militaire, le Mur fortifié du Vieux-Québec est alors devenu désuet. Avec les progrès de l'artillerie à fusils, qui se révèle beaucoup plus puissante et beaucoup plus précise que ce qui a existé auparavant, la façon dont les guerres sont menées est transformée. Tant et si bien que l'avenir du Mur fortifié du Vieux-Québec devient très incertain à cette époque-là, alors que plusieurs personnes demandent purement et simplement sa démolition. Mais au lieu de cela, grâce en très grande partie à Lord Dufferin, le Mur fortifié du Vieux-Québec va trouver « une nouvelle vie » après 1872, dans le but principal de contribuer à « l'embellissement urbain » de la ville de Québec et plus particulièrement du Vieux-Québec.

1867 — Le Canada devient une confédération le 1er juillet, ce qui marque également la fin officielle du Régime britannique au Canada. Après cela, au fur et à mesure que les vestiges de dépendance législative par rapport au Parlement britannique vont progressivement s'éroder, le Canada va devenir de plus en plus autonome. à l'origine, cette union fédérale comprend les quatre provinces suivantes : le Québec, l'Ontario, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse. Par la suite, la Confédération canadienne sera élargie jusqu'au point d'inclure actuellement 10 provinces et trois territoires. Le Canada constitue dès le départ un pays bilingue, avec le français et l'anglais comme langues officielles. Au début du 21e siècle, c'est le deuxième plus grand pays au monde de par sa superficie totale. Quant à la frontière commune entre le Canada et les États-Unis, au sud et au nord-ouest du Canada, c'est la plus longue frontière entre deux pays dans le monde entier.

1867 — À une époque où la plupart des portes constituant des sections du Mur fortifié du Vieux-Québec commencent à être considérées comme désuètes en tant qu'éléments du système de défense de la ville de Québec, la porte Saint-Jean est reconstruite et cette nouvelle structure va durer jusqu'en 1898. Auparavant, elle a d'abord été construite en 1693. Puis elle a été reconstruite en 1720, restaurée en 1791, remplacée en 1823 et démolie en 1865.

1871 — Le Mur fortifié du Vieux-Québec est de plus en plus considéré comme désuet en tant qu'élément essentiel du système de défense de la ville de Québec. Ses remparts sont graduellement abandonnés et ses pierres deviennent victimes de pillards. De plus, il n'y a pas assez d'hommes et pas assez d'argent pour le réparer. Les soldats canadiens qui se trouvent à Québec sont surtout affectés à la Citadelle permanente et aux forts séparés de la rive sud du fleuve Saint-Laurent.

1871 — En outre, depuis environ 30 ans, les autorités municipales de la ville de Québec multiplient les pressions sur les autorités militaires de la ville de Québec pour qu'elles permettent que certaines modifications soient apportées au Mur fortifié du Vieux-Québec. Les changements que ces autorités municipales désirent visent à faciliter le développement urbain à Québec, avec par exemple l'ouverture et l'extension de plusieurs rues ainsi que la création de terrasses et de parcs. Ces demandes s'intensifient de beaucoup après le début de la Confédération canadienne en 1867 et la signature du traité de Washington en 1871 (lequel établit la paix entre les États-Unis et le Canada, tout en accordant aux Américains le droit de naviguer sur le fleuve Saint-Laurent).

1871 — Un mouvement populaire est créé en faveur de la démolition du Mur fortifié du Vieux-Québec. La population de la ville de Québec s'implique davantage par rapport à cette solution, à la suite du transfert de propriété du Mur fortifié du Vieux-Québec qui fait passer cette propriété du Régime britannique au nouveau gouvernement fédéral du Canada. De nombreuses pétitions exigent alors la division en plus petits morceaux des terres qui longent le Mur fortifié du Vieux-Québec ainsi que de plus grandes ouvertures que celles offertes par ses portes à cette époque, afin d'améliorer le débit de la circulation dans la ville de Québec.

1871 — Les autorités municipales de la ville de Québec sont prêtes à appuyer ces demandes et pétitions de la population de la ville de Québec. Elles estiment également que pendant trop longtemps les besoins militaires pour le système de défense de la ville de Québec ont entravé l'expansion urbaine et le développement commercial de Québec. Et elles veulent que la plus grande partie des terres qui ont auparavant été utilisées à des fins défensives soient remises à la Ville de Québec.

1871 — Par conséquent, tout cela mène au début d'une grande vague de démolition du Mur fortifié du Vieux-Québec. La porte Saint-Louis et la porte Prescott sont toutes les deux démolies, sans aucune intention de les reconstruire. Les ouvrages extérieurs en face de la porte Saint-Louis sont également détruits afin de libérer les environs de la rue Saint-Louis. Les remparts du Mur fortifié sont abaissés sur son côté est, le long de la rue des Remparts, afin d'ouvrir une vue à lointaine distance en direction du port de Québec.

1871 — Parce ces deux portes du Mur fortifié du Vieux-Québec sont devenues désuètes en tant qu'éléments du système de défense de la ville de Québec, au cours de cette année : 

  • La porte Saint-Louis est démolie, sans aucune intention de la reconstruire à l'avenir. Auparavant, elle a d'abord été construite en 1693. Puis elle a été restaurée en 1720, démolie et reconstruite en 1791 ainsi que remplacée en 1823.
  • La porte Prescott est démolie, sans aucune intention de la reconstruire à l'avenir. Auparavant, elle a d'abord été construite en 1797, puis modifiée et fortifiée en 1823.

1871 — Le 11 novembre, les dernières unités militaires des Britanniques à l'intérieur du Mur fortifié du Vieux-Québec quittent la ville de Québec. Ce qui marque « leur départ définitif ». Une compagnie d'ingénieurs britanniques, un bataillon britannique du 60e Régiment de même qu'une batterie de canons britanniques partent tous ce jour-là, mettant ainsi fin à une présence militaire britannique à l'intérieur du Mur fortifié du Vieux-Québec qui a commencé 112 ans plus tôt, alors que les Britanniques ont gagné la Bataille des plaines d'Abraham, le 13 septembre 1759.


Cette illustration vous montre le 60e Régiment britannique alors qu'il franchit la porte Dalhousie et qu'il quitte définitivement la Citadelle permanente de Québec, le 11 novembre 1871.
Crédit pour cette image : Photo par René Chartrand / L'illustration elle-même provient à l'origine du magazine hebdomadaire illustré « Canadian Illustrated News », dans sa publication du 2 décembre 1871 / Collection privée / Reproduite avec la permission de ce photographe.


Photo prise en 1878 de Lord Frederick Temple Hamilton-Temple-Blackwood, premier marquis de Dufferin et Ava. Mieux connu sous le nom de « Lord Dufferin », il se révèle véritablement « le sauveur » du Mur fortifié du Vieux-Québec, pendant et après 1872.
Crédit pour cette image : Divers / Bibliothèque et Archives Canada / Numéro d'accès 1969-001 NPC / Numéro de référence pour reproduction C-001285 / Photo prise en 1878 par Notman et Sandham / Intitulée « Lord Dufferin ».
1871 — Personne, absolument personne, ne peut prévoir en 1871 que l'opinion générale du public aussi bien que des autorités municipales et gouvernementales, en ce qui concerne le Mur fortifié du Vieux-Québec, va changer radicalement et soudainement, du tout au tout et en un rien de temps. Elle va passer du stade où tout le monde veut le voir détruit parce qu'il est devenu une nuisance publique au stade où tout le monde veut le voir préservé et amélioré à des fins « d'embellissement urbain ». En fait, tout ce qu'il faudra pour provoquer un revirement d'opinion aussi radical et aussi soudain, ce sera la forte présence d'esprit d'un homme puissant et remarquable qui « tombera en amour » avec la ville de Québec et son Mur fortifié dès le moment où il mettra les pieds dans la région de Québec en 1872 : Lord Dufferin.

1872 — Lord Dufferin est un homme d'État britannique provenant de la noblesse irlandaise et aussi un distingué diplomate de carrière. Il arrive à Québec en 1872 à titre de nouveau gouverneur général du Canada et restera à ce poste jusqu'en 1878. Lord Dufferin est immédiatement séduit par la ville de Québec, par son charme spécial et par son histoire mouvementée, y compris celle de son Mur fortifié. Il transmet vivement à la population en général ainsi qu'aux autorités municipales et gouvernementales une opinion tout à fait différente de celle qui prévaut à cette époque, une opinion basée sur un nouveau romantisme qui est associé à la ville de Québec et à son Mur fortifié. Il conçoit un plan d'ensemble visant à préserver ainsi qu'à embellir la ville de Québec et son Mur fortifié. Par la suite, ses projets et ses propositions allant en ce sens vont gagner en popularité et en soutien de façon considérable, alors que cette popularité et ce soutien iront en s'accroissant au fil des ans. La plupart de ses idées innovatrices vont devenir réalités. Et elles vont grandement influencer l'avenir de la ville de Québec et de son Mur fortifié.

1872 — Les plans détaillés de Lord Dufferin pour cet embellissement urbain commencent à plaire à tout le monde et à être réalisés rapidement et de manière très étendue. Lord Dufferin impressionne vivement l'opinion publique en général ainsi que l'opinion des autorités municipales et gouvernementales en particulier, en proposant d'allonger considérablement la terrasse Durham, aussi loin que jusqu'à la Citadelle permanente, tout en l'embellissant dans son ensemble dans le cadre du même projet. En fait, cette terrasse a constitué une section du Mur fortifié du Vieux-Québec depuis 1838. Les très importantes améliorations qu'il va lui apporter seront telles qu'elles donneront pratiquement naissance à une toute nouvelle promenade entièrement réaménagée en 1879, laquelle sera appelée « la terrasse Dufferin» en son honneur et constituera ainsi une section améliorée du Mur fortifié du Vieux-Québec.


Voici une des conceptions de Lord Dufferin pour l'embellissement de la ville de Québec et de son Mur fortifié, entre 1872 et 1878. Il s'agit ici de sa conception originale pour la porte Saint-Louis.
Crédit pour cette image : Gravure datant de 1876 par Lord Dufferin et John Henry Walker / Disponible au Musée McCord sous le numéro d'accès M988.182.36.7 / Encre sur papier journal — Photolithographie.
Source de cette image : commons.wikimedia.org/wiki/File:Dufferin_Quebec_St_Louis.jpg

1876 — Lord Dufferin présente tous ses plans détaillés dans le cadre d'un plan d'ensemble pour l'embellissement urbain de la ville de Québec et de son Mur fortifié, lequel devient connu sous le nom de « Projet Dufferin ». Là où les rues de Québec forment des intersections avec le Mur fortifié du Vieux-Québec, Lord Dufferin propose la construction de ponts ou de nouvelles portes (qui s'avéreront finalement la solution mise en œuvre) dotées d'une architecture romantique d'inspiration médiévale. Ce qu'il a aussi à l'esprit à cette époque, c'est la construction d'un sentier pour piétons au sommet du Mur fortifié du Vieux-Québec, de nature à permettre à ces piétons de se promener tout autour de ce Mur fortifié et de profiter ainsi de tout cet embellissement urbain. Les nouvelles portes sont conçues de manière à faciliter le passage des rues qui les croisent ainsi que la circulation sur de telles rues, tout en devenant en même temps des éléments ornementaux pour cet embellissement urbain. Son plan d'ensemble prévoit également la création d'un parc des deux côtés du Mur fortifié du Vieux-Québec, sur son côté ouest, lequel devient connu à cette époque et est encore connu de nos jours sous le nom de « Parc de l'Esplanade ».

1876 — La plupart des plans majeurs de Lord Dufferin vont se concrétiser à la fin du 19e siècle et au 20e siècle. Le seul de ses plans majeurs qui ne finira pas par se réaliser en tant que tel, c'est la construction à l'intérieur de la Citadelle permanente d'un nouveau Château Saint-Louis comme future résidence du gouverneur général du Canada. Mais Lord Dufferin exerce quand même son influence avec ce plan-là, dans le sens où il relance l'idée d'un nouveau et prestigieux Château Saint-Louis. En 1893, cette idée deviendra une réalité concrète avec la construction du nouveau et prestigieux Château Frontenac, un majestueux hôtel qui sera construit à peu près au même emplacement que le Château Saint-Louis a occupé de 1648 à 1834, avant qu'il ne soit détruit par un incendie.


Il s'agit ici d'une conception particulière de Lord Dufferin qui ne se réalisera jamais en tant que telle. Cette conception suggère la construction d'un nouveau Château Saint-Louis à l'intérieur de la Citadelle permanente de Québec, comme vous le voyez. Cependant, la construction du majestueux Château Frontenac deviendra, pour sa part, une réalité concrète en 1893, au même emplacement que celui occupé par le Château Saint-Louis entre 1648 et 1834. De plus, le Château Frontenac sera construit en 1893 juste en face d'une longue terrasse donnant sur le fleuve Saint-Laurent et la Basse-Ville du Vieux-Québec... une terrasse qu'il aura également conçue dans son plan d'ensemble, qui aura été concrètement construite en 1879 et qui sera appelée « la terrasse Dufferin » en son honneur.
Crédit pour cette image : Gravure datant de 1876 par Lord Dufferin et John Henry Walker / Disponible au Musée McCord sous le numéro d'accès M988.182.36.1 / Encre sur papier journal — Photolithographie.
Source de cette image : commons.wikimedia.org/wiki/File:Dufferin_Chateau_St-Louis_1876.jpg

1876 — Tout le monde est d'accord avec les propositions de Lord Dufferin. Le soutien (incluant le financement) pour ses plans majeurs et pour son « Projet Dufferin » vu dans une perspective d'ensemble provient de partout à la fois, émanant aussi bien des autorités municipales de Québec et du gouvernement provincial du Québec que de la reine Victoria elle-même et du gouvernement fédéral du Canada.

1876 — L'aspect vraiment génial des plans d'embellissement urbain de Lord Dufferin et la raison principale de leur réussite historique, c'est d'avoir su concilier la conservation et la modernisation, en valorisant la conservation des vestiges témoignant de la gloire du passé militaire de Québec tout en répondant aux besoins de modernisation de la ville de Québec. Grâce à son idée centrale de préserver et d'embellir le Mur fortifié du Vieux-Québec en tant que monument historique de grande et unique importance, Lord Dufferin est en mesure de susciter un revirement rapide de l'opinion publique et de sauver ainsi ce Mur fortifié d'une destruction encore plus poussée et encore plus définitive.

1878 — Cette année marque la fin de la période durant laquelle Lord Dufferin agit à titre de gouverneur général du Canada, après six ans à ce poste (de 1872 à 1878). Mais l'héritage précieux qu'il laisse à la ville de Québec et à son Mur fortifié de par son plan d'ensemble et ses réalisations concrètes, lui, va durer longtemps après son départ. On peut même en venir à la conclusion, à plus long terme, que le fait de sauver la ville de Québec et son Mur fortifié de la façon dont il l'a fait à cette époque constitue l'une des principales raisons pour lesquelles le Vieux-Québec et son Mur fortifié vont être proclamés « un Site du patrimoine mondial » par l'UNESCO en 1985, alors qu'ils vont former dans leur ensemble « l'arrondissement historique de Québec ».

1878 — Dans le cadre des plans majeurs de Lord Dufferin et de son plan d'ensemble pour l'embellissement urbain de Québec, la porte Saint-Louis, qui a été considérée comme désuète en tant qu'élément du système de défense de la ville de Québec et démolie en 1871, sans aucune intention de la reconstruire à l'avenir, est reconstruite, mais à des fins d'embellissement urbain cette fois, dans un style qui se révèle très proche de la conception de Lord Dufferin pour cette porte. Auparavant, elle a d'abord été construite en 1693. Puis elle a été restaurée en 1720, démolie et reconstruite en 1791, remplacée en 1823 et démolie en 1871 tel que mentionné précédemment. La porte Saint-Louis, parce qu'elle sera bien conservée et bien entretenue après sa reconstruction en 1878, existe encore de nos jours avec sa structure particulière de 1878.

1879 — Dans le cadre des plans majeurs de Lord Dufferin et de son plan d'ensemble pour l'embellissement urbain de Québec, la terrasse Durham, qui a été construite en 1838 et allongée en 1853, est prolongée d'environ 300 mètres (984 pieds) en direction de la Citadelle permanente. Cette terrasse est tellement améliorée qu'elle change de nom et est appelée « la terrasse Dufferin » lorsqu'elle est inaugurée officiellement, le 9 juin, en l'honneur du sauveur du Mur fortifié du Vieux-Québec. Elle comprend alors les six kiosques spéciaux, en fonte et en fer forgé, qui existent encore aujourd'hui. Elle continue également d'être une promenade très populaire. à tel point que, de nos jours, il y a plus de 2 000 000 de personnes qui visitent chaque année cette terrasse Dufferin.

1879 — Dans le cadre des plans majeurs de Lord Dufferin et de son plan d'ensemble pour l'embellissement urbain de Québec, la porte Kent est construite. Les fonds pour la construire sont fournis par la reine Victoria elle-même tandis que cette porte est nommée en l'honneur de son père, le prince Edward, duc de Kent, qui a vécu semble-t-il dans la ville de Québec de 1791 à 1794. La porte Kent, parce qu'elle sera bien conservée et bien entretenue après sa construction en 1879, existe encore de nos jours avec sa structure particulière de 1879.


Cette photo vous offre une vue de la ville de Québec à partir de la ville de Lévis qui date d'environ 1880-1890. Notez à la gauche de la photo la Citadelle permanente qui est achevée, au sommet du Cap Diamant. Notez également, au centre de la photo, la terrasse Dufferin qui est terminée et qui s'étend jusqu'à la Citadelle permanente. Notez enfin, au sommet des hautes falaises du Vieux-Québec, l'absence du Château Frontenac qui ne sera construit qu'en 1893.
Crédit pour cette image : J.E. Livernois / Bibliothèque et Archives Canada / Numéro d'accès 1979-308 NPC / Numéro de référence pour reproduction PA-122622 / Photo par Jules-Ernest Livernois, vers 1880-1890 / Intitulée « Vue de Québec depuis Lévis ».

1892 — L'ancien Château Haldimand est démoli pour faire place au Château Frontenac. Auparavant, le Château Haldimand a d'abord été construit entre 1784 et 1787, à l'arrière du Château Saint-Louis. Il a été utilisé par la suite pour des bals et des réceptions officielles du gouvernement. En mai 1857, ce bâtiment a été transformé en école, soit l'École normale Laval. Une fois que la décision est prise, au début des années 1890, de construire le Château Frontenac sur le même site prestigieux qui a été autrefois occupé par les deux Châteaux Saint-Louis et le Château Haldimand, cette école est transférée à un autre emplacement et le bâtiment de l'ex-Château Haldimand est démoli.

1893 — Pendant 59 ans, la ville de Québec et son Mur fortifié ont été privés du Château Saint-Louis, après sa destruction par un incendie en 1834. Les autorités de la ville de Québec ont dû rester patientes avec le site laissé vacant par sa disparition et, à l'exception de la terrasse Durham en 1838 (laquelle est devenue la terrasse Dufferin en 1879), l'ont gardé en réserve pour quelque projet grandiose qui saura se montrer digne d'un emplacement aussi remarquable et unique en son genre. Cette occasion se présente au début des années 1890, alors que la Compagnie du Château Frontenac est créée afin de financer la construction d'un hôtel de grand luxe qui fera honneur à un site aussi prestigieux.

1893 — L'architecte choisi par la Compagnie du Château Frontenac pour mettre en œuvre un projet de construction aussi gigantesque et sophistiqué, c'est l'architecte américain Bruce Price. À l'origine, au début des années 1890, le Château Frontenac a été conçu en tant que structure moderne. Mais Bruce Price change rapidement cette conception pour celle d'une structure somptueuse de style « Renaissance en France » s'inspirant des châteaux français et plus particulièrement des châteaux de la vallée de la Loire en France (appelés « les châteaux de la Loire »), lesquels ont été construits justement pendant la Renaissance. Il veut également que le style du Château Frontenac soit bien adapté aux besoins des temps modernes et que ses matériaux de construction soient en harmonie avec l'environnement tout en permettant des effets spéciaux aussi bien pour les couleurs que pour la luminosité.

1893 — Le Château Frontenac sera situé au centre d'un paysage grandiose. Par conséquent, Bruce Price estime que le Château Frontenac doit lui aussi être grandiose, tant par ses matériaux que par la simplicité de sa conception. La structure principale du Château Frontenac est donc construite en 1893 dans un style « en forme de < U > ou de fer à cheval», autour d'une véritable cour d'honneur.

1893 —Ses hauts toits en cuivre, ses tours et ses tourelles donnent au Château Frontenac le style des châteaux de la « Renaissance en France » tandis que sa conception intérieure s'avère aussi spectaculaire que sa conception extérieure. Son design intérieur et ses meubles uniques en leur genre sont marqués à la fois par leur opulence et leur charme élégant, rappelant le style « Renaissance en France » du 16e siècle. Dans l'ensemble, cet hôtel de grand luxe ressemble à un véritable palace.

1893 — Le Château Frontenac ouvre officiellement ses portes le 18 décembre. À ce moment-là, il est déjà devenu la propriété du Chemin de fer Canadien Pacifique (CFCP). En faisant une telle acquisition, cette compagnie estime que le Château Frontenac va devenir la halte idéale pour les voyageurs utilisant les trains du Chemin de fer Canadien Pacifique. Le président de la compagnie CFCP à cette époque, Sir William Cornelius Van Horne, souhaite même que le Château Frontenac devienne « l'hôtel dont on parlera le plus au monde ».

1893 — Le Château Frontenac obtient un succès immédiat et total. Dans un premier temps, la plupart de ses clients sont des Américains et des Canadiens. Mais il ne faut pas attendre longtemps avant que les Européens et des visiteurs qui viennent de partout dans le monde en fassent une destination de choix. Le souhait du président Van Horne devient vite réalité. à tel point que, de nos jours, le Château Frontenac constitue le principal symbole de la ville de Québec dans le monde entier ainsi que « l'hôtel le plus photographié au monde ».

1893 — Le Château Frontenac compte à l'origine 170 chambres de luxe. De nos jours, il compte plus de 618 chambres et suites de luxe. Grâce à son succès continu, de nombreux projets d'expansion après 1893 vont façonner le Château Frontenac de manière à lui donner progressivement la structure d'ensemble que nous lui connaissons aujourd'hui, y compris les améliorations suivantes : la construction de l'aile de la Citadelle et du pavillon de la Citadelle en 1899, la construction de l'aile Mont-Carmel entre 1908 et 1910, la construction de l'Ajout en 1915, la construction de l'aile Saint-Louis et de la Tour centrale de 17 étages entre 1920 et 1924, la reconstruction rapide de l'aile Riverview après qu'un incendie l'ait grandement endommagée en 1926 ainsi que les Rénovations en 1973, un ambitieux programme de restauration. Une autre phase d'expansion majeure sera réalisée entre 1987 et 1993, avec la construction de l'aile Claude-Pratte, incluant les améliorations suivantes : une superbe piscine intérieure, un centre de conditionnement physique remarquablement équipé et une magnifique terrasse extérieure. L'inauguration de l'aile Claude-Pratte en 1993 marquera alors le 100e anniversaire du Château Frontenac.


Cette photo vous montre ce à quoi ressemble le Château Frontenac en juillet 1908, seulement 15 ans après sa construction d'origine. Notez l'absence de la Tour centrale de 17 étages, laquelle sera ajoutée entre 1920 et 1924. Notez également que la promenade sur laquelle les gens se baladent en face du Château Frontenac, c'est la terrasse Dufferin à cette époque, lors du 300e anniversaire de la ville de Québec.
© 2009 Service des communications, Ville de Québec / Livre sur le 400e anniversaire de la ville de Québec, intitulé « Québec, ma ville, mon 400e » / Page 27 / Photo par Keystone View Company, en juillet 1908 / Intitulée « La terrasse Dufferin et le Château Frontenac, lors du tricentenaire de Québec » (ou « Dufferin Terrace and Château Frontenac, Québec Tercentenary » en anglais) / Archives de la Ville de Québec / Photo reproduite avec la permission des Archives de la Ville de Québec.

1898 — Afin de permettre le passage des tramways, la porte Saint-Jean est démolie et il semble bien à cette époque qu'elle ne sera pas reconstruite. Auparavant, elle a d'abord été construite en 1693. Puis elle a été reconstruite en 1720, restaurée en 1791, remplacée en 1823, démolie en 1865 et reconstruite en 1867. Après cette démolition de 1898, il faudra attendre jusqu'en 1939 avant qu'elle ne soit de nouveau reconstruite à des fins d'embellissement urbain.

1899 — En raison de la demande croissante pour les chambres de luxe du prestigieux Château Frontenac, la compagnie du Chemin de fer Canadien Pacifique (CFCP) requiert de nouveau les services de l'architecte américain Bruce Price. Elle lui demande de retourner sur sa planche à dessin et de concevoir une nouvelle aile ainsi qu'un nouveau pavillon pour cet hôtel. C'est ainsi que « l'aile de la Citadelle » et « le pavillon de la Citadelle » sont ajoutés au Château Frontenac. Leur conception et leur construction sont réalisées en parfaite harmonie avec le design et la construction d'origine de cet hôtel. Ensemble, ces deux nouvelles structures ferment en permanence son style d'origine « en forme de < U > ou de fer à cheval », autour d'une véritable cour d'honneur. Il s'agira toutefois de la dernière contribution de l'architecte Bruce Price pour le Château Frontenac, car il nous quittera pour un monde meilleur en 1903.

1910 — La construction de « l'aile Mont-Carmel » au Château Frontenac, entre 1908 et 1910, en fait le plus grand hôtel au Canada à cette époque. Son élévation vers le nord est accentuée jusqu'au point où il devient alors la plus haute structure de la Haute-Ville du Vieux-Québec. Le style de l'aile Mont-Carmel se révèle lui aussi en parfaite harmonie avec le reste du Château Frontenac.

1914 — La Première Guerre mondiale débute et fera rage jusqu'au 11 novembre 1918. De nombreux Canadiens vont combattre en Europe, mais, du début à la fin de cette guerre, il n'y aura pas de rapport indiquant la présence de navires ennemis à proximité de la ville de Québec ou de son port. Par conséquent, cette guerre aura très peu d'impact sur le Mur fortifié du Vieux-Québec.

1915 — C'est l'année pendant laquelle « l'Ajout » au Château Frontenac est construit. Il se révèle lui aussi en parfaite harmonie avec toutes les constructions qui ont été précédemment réalisées pour cet hôtel depuis 1893. à tel point qu'un nouveau toit en forme de pyramide avec deux tourelles en saillie de chaque côté de son mur ainsi qu'un remarquable balcon en pierre figurent de manière proéminente à son sommet. Cet Ajout contribue également à accentuer l'élévation d'origine reliant deux des ailes du Château Frontenac.

1924 — La construction de « l'aile Saint-Louis » et de « la Tour centrale » de 17 étages est réalisée pour le Château Frontenac entre 1920 et 1924. Ces deux ajouts se révèlent très importants. Les 17 étages de la Tour centrale en particulier font en sorte qu'elle va dominer dorénavant le reste du Château Frontenac. Ils font également en sorte que le Château Frontenac s'élève considérablement par rapport à la hauteur de sa structure existante en 1920. Ensemble, ces deux ajouts majeurs doublent pratiquement la capacité de cet hôtel prestigieux et lui permettent d'accueillir deux fois plus de clients. Leur style est lui aussi en parfaite harmonie avec le reste du Château Frontenac.

1926 — Juste à l'époque où tout l'ensemble architectural formant le Château Frontenac peut finalement être considéré comme « complet », avec les deux ajouts majeurs de 1924, un incendie catastrophique détruit son aile Riverview le 16 janvier. Heureusement, malgré tout, le système de protection contre les incendies du prestigieux hôtel se révèle efficace, alors qu'il protège le reste de la structure du Château Frontenac. Puis, immédiatement après cet incendie, la compagnie du Chemin de fer Canadien Pacifique (CFCP) n'hésite pas à ordonner la reconstruction de « l'aile Riverview », conformément à sa conception d'origine. Et ce qui est le plus étonnant dans tout ça, c'est que l'aile Riverview est rapidement et complètement reconstruite, à peine 127 jours ouvrables après cet incendie catastrophique.

1939 — Dans l'esprit des plans majeurs de Lord Dufferin et de son plan d'ensemble pour l'embellissement urbain de Québec, la porte Saint-Jean est reconstruite dans le même style « Renaissance » et avec la même architecture romantique d'inspiration médiévale que la porte Saint-Louis en 1878. Cette structure particulière de la porte Saint-Jean existe encore de nos jours, à peu près telle qu'elle a été construite à cette époque. Auparavant, elle a d'abord été construite en 1693. Puis elle a été reconstruite en 1720, restaurée en 1791, remplacée en 1823, démolie en 1865, reconstruite en 1867 et démolie en 1898, sans aucune intention de la reconstruire à l'avenir.