Québec

Le Mur fortifié conquis par les Britanniques

Durant la quatrième Guerre intercoloniale,
les Britanniques font la conquête
du Mur fortifié du Vieux-Québec

(1759 à 1760)

Le Mur fortifié du Vieux-Québec va être confronté à sa troisième grande épreuve en 1759, lors de la Bataille des plaines d'Abraham, et à sa quatrième grande épreuve en 1760, lors de la Bataille de Sainte-Foy. Ces deux années vont être si riches en événements marquants et avoir tellement d'impact sur l'évolution de ce Mur fortifié qu'elles méritent d'être présentées séparément.

1759 — En juin, après avoir pris et détruit la vaste forteresse de Louisbourg en 1758, les Britanniques sont fermement déterminés à saisir la ville de Québec, la capitale de la Nouvelle-France et la forteresse clé pour contrôler le Canada. Ils rassemblent alors une impressionnante flotte de 166 navires, incluant 49 navires de guerre ainsi que 117 navires utilisés pour transporter les troupes et le matériel militaire nécessaire pour une attaque majeure contre la ville de Québec. Sur ces 166 navires, ils transportent près de 30 000 hommes jusqu'à la ville de Québec. Ces hommes sont pour la plupart des soldats professionnels. Il n'y a que 600 de ces hommes qui sont des miliciens.

1759 — Au début de l'été, cette impressionnante flotte britannique atteint la périphérie de la ville de Québec. Son armée est commandée par l'amiral James Wolfe, lequel a joué un rôle vital dans la prise de Louisbourg.

1759 — Québec et son Mur fortifié sont assiégés et bombardés, jour et nuit, pendant plusieurs semaines. Mais tous ces efforts se révèlent en vain pour les Britanniques. Les Français, commandés par le gouverneur général Pierre de Rigaud de Vaudreuil et par le général Louis-Joseph de Montcalm, se contentent tout simplement d'attendre. Ils disposent pour leur part d'une force d'environ 18 711 hommes, mais seulement 3 611 de ces hommes sont des soldats professionnels. Un peu plus de 60 % d'entre eux (11 325 pour être précis) sont des miliciens tandis que 2 000 d'entre eux sont des marins et 1 775 d'entre eux sont des alliés amérindiens. Cependant, les Français ont le Mur fortifié du Vieux-Québec de leur côté et peuvent ainsi se permettre d'attendre tout simplement jusqu'à l'automne et jusqu'à l'arrivée d'un hiver rigoureux qui ne manquera pas de se manifester, comme d'habitude. Et c'est exactement ce qu'ils font jusqu'à la mi-septembre.


Voici une carte du fleuve Saint-Laurent pendant le siège de la ville de Québec et de son Mur fortifié, à l'été 1759. Cette carte vous montre clairement l'emplacement général des navires britanniques sur le fleuve ainsi que les camps français et britanniques des deux côtés du fleuve et sur l'Île d'Orléans.
Crédit pour cette image : Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) / Catalogue Iris / Carte de géographie militaire qui est intitulée « Québec pendant le siège, 1759 » / Éditée en 1882-1884 / Notice complète : 0002725973.
Source de cette image : collections.banq.qc.ca/ark:/52327/1956263

1759 — Avec l'arrivée de l'automne, les Britanniques commencent à s'inquiéter et à constater qu'ils risquent de plus en plus de rester pris près de Québec une fois cette saison passée. Puis, avec l'arrivée cette fois de l'hiver qui finira inévitablement par venir, de la glace se formera sur le fleuve Saint-Laurent et il deviendra alors pratiquement impossible de descendre le fleuve à ce temps de l'année. C'est donc en songeant à ces circonstances difficiles que l'amiral Wolfe décide finalement de tenter une percée spectaculaire, de lancer une attaque majeure contre les Français et de risquer « le tout pour le tout ».

1759 — Dans la nuit du 13 septembre, l'amiral Wolfe et environ 4 426 hommes faisant partie de ses troupes d'élite réussissent à gravir les hautes falaises se trouvant sous les plaines d'Abraham, en utilisant un petit sentier que Wolfe lui-même a repéré quelques jours plus tôt alors que des soldats français s'en servaient pour y faire monter des prisonniers.


Ce tableau résume ce qui se passe avant la célèbre Bataille des plaines d'Abraham du 13 septembre 1759. Durant cette nuit-là, environ 4 426 hommes faisant partie des troupes d'élite britanniques quittent leurs navires et utilisent un petit sentier qui leur permet de gravir les hautes falaises de l'Anse au Foulon, juste sous les plaines d'Abraham. Puis, au matin, ces hommes sont prêts à livrer bataille aux Français.
Crédit pour cette image : Bibliothèque et Archives Canada / Numéro d'accès 1997-3-2 / Numéro de référence pour reproduction C-000788 / Gravure par Pierre Charles Canot, vers 1761, d'un dessin par Hervey Smith peint par Francis Swaine et intitulé « Une vue de l'endroit du débarquement au sommet de la ville de Québec » (ou « A View of the Landing Place above the Town of Québec » en anglais).

1759 — Montcalm a peine à croire qu'une force militaire d'une telle envergure a osé tenter une telle ascension, et encore plus difficilement pendant la nuit. Une fois que les rumeurs à cet effet sont confirmées, il quitte précipitamment Beauport, à proximité de la ville de Québec, avec ses soldats réguliers, ses miliciens et ses alliés amérindiens. Mais il ne se réfugie pas avec ses hommes dans le Mur fortifié du Vieux-Québec pour attendre des renforts (ce qui représente, somme toute, la raison principale pour laquelle ce Mur fortifié a été construit en premier lieu). Le général Montcalm dispose alors de 4 400 hommes, soit presque le même nombre que les Britanniques, sauf que seulement 2 600 de ces hommes sont des soldats professionnels tandis que 1 800 d'entre eux sont des miliciens et des alliés amérindiens. Puis, il prend position avec ses hommes sur le champ de bataille complètement ouvert des plaines d'Abraham, pour faire face aux Britanniques. Ceci résulte du fait que Montcalm et ses officiers estiment que le Mur fortifié est encore incomplet et qu'il n'est surtout pas prêt à résister à une attaque majeure sur son côté ouest, soit le côté qui fait face aux plaines d'Abraham. Cependant, il faut dire que le facteur « surprise » influence très probablement la décision du général Montcalm de beaucoup, à ce moment-là. Il doit réagir rapidement à ce qu'il voit.


Les troupes britanniques et françaises prennent position de bataille sur les plaines d'Abraham, au matin du 13 septembre 1759. à 10h00, la bataille commence, comme on le voit ici. Cette bataille va décider de l'avenir du Québec et du Canada.
Crédit pour cette image : Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) / Catalogue Iris / Gravure basée sur un dessin par John Henry Walker et intitulée « La Bataille des plaines d'Abraham, le 13 septembre 1759 » (ou « Battle of the Plains of Abraham, September 13th, 1759 » en anglais) / Éditée en 1877-1879.

1759 — À 10 heures du matin, en ce 13 septembre, voyant que la force britannique est fermement retranchée dans sa position et craignant que l'ennemi soit sous peu en mesure de placer de l'artillerie lourde sur les plaines d'Abraham, Montcalm ordonne une attaque. Un nombre phénoménal de coups de feu sont alors échangés entre les deux belligérants. Mais les troupes françaises tirent à volonté et en grande partie sans but précis tandis que les hommes de Wolfe, qui sont pour la plupart des soldats professionnels, attendent l'ordre d'appuyer sur la gâchette de leur arme à feu. Une fois que les Français se trouvent à moins de 40 pas des lignes britanniques, l'amiral Wolfe donne finalement l'ordre de tirer à ses troupes. Selon toute apparence dans le calme, une ligne britannique s'avance au milieu de la fumée et fait feu pendant qu'une autre ligne britannique recharge ses armes à feu, et ainsi de suite. Une telle volée de coups de feu se révèle des plus mortelles. Le résultat qui s'ensuit, c'est un désordre général parmi les troupes françaises, de sorte que cette bataille aura en tout et partout duré moins de 30 minutes. Mortellement blessé, l'amiral Wolfe prononce ces derniers mots : « Maintenant, Dieu soit loué, je vais mourir en paix. » À peu près au même moment, alors qu'il tente de rassembler ses troupes, le général Montcalm est blessé à son tour par un boulet de canon qui déchire un côté de son corps. Il mourra lui aussi 24 heures plus tard, soulagé toutefois de ne pas avoir à être témoin de l'entrée des Britanniques dans la ville de Québec et dans son Mur fortifié à titre de vainqueurs.

1759 — Le 17 septembre, cette ville assiégée se rend aux Britanniques. Les pertes humaines ont finalement été à peu près les mêmes pour les deux belligérants, lors de la Bataille des plaines d'Abraham : 58 morts et 600 blessés pour les Britanniques par rapport à 200 morts et plus de 500 blessés pour les Français. Les deux généraux ont perdu la vie. Après cette bataille mémorable, les deux armées sont en plein désarroi, suite à la perte de leur général, mais l'armée britannique bénéficie toujours d'une force supérieure. La reddition, c'est la seule option qui reste à ce moment-là pour les Français et pour la ville de Québec.

1759 — Les violents bombardements qui ont fait rage durant l'été de 1759 ont grandement amoindri l'intégrité structurale du Mur fortifié du Vieux-Québec, du Château Saint-Louis et de la ville de Québec elle-même. Le Mur fortifié a besoin de réparations et d'améliorations majeures. L'aile nord et la terrasse du Château Saint-Louis donnant sur le fleuve Saint-Laurent ont aussi été lourdement endommagées et elles finiront éventuellement par être démolies. La Basse-Ville du Vieux-Québec, en bas des hautes falaises se trouvant juste au-dessous du Château Saint-Louis, ressemble à une zone sinistrée de toute première gravité. L'hiver suivant ce siège de Québec va s'avérer très rigoureux et très difficile aussi bien pour la population française de Québec que pour les troupes britanniques ayant nouvellement pris le contrôle du Mur fortifié du Vieux-Québec. Près de 700 soldats britanniques mourront de maladie au cours de ce long hiver, en raison de températures glaciales et de disponibilités insuffisantes sur le plan alimentaire.


Voici ce à quoi ressemble la Basse-Ville du Vieux-Québec après les bombardements intenses et répétés de l'été 1759. Cette partie de la ville de Québec n'est pas protégée comme telle par le Mur fortifié, lequel se trouve dans la Haute-Ville du Vieux-Québec. De plus, elle est située en bas des hautes falaises de Québec, au même niveau que le fleuve Saint-Laurent, et non pas au sommet de ces hautes falaises. Durant le siège de l'été 1759, environ 535 maisons de cette Basse-Ville sont détruites par les flammes et seulement six à huit maisons sont épargnées dans toute sa partie est. Il n'y a pas grand-chose d'intact. La Basse-Ville du Vieux-Québec se révèle finalement dans un lugubre état de destruction généralisée.
Crédit pour cette image : Bibliothèque et Archives Canada / Numéro d'accès 1989-283-12 / Numéro de référence pour reproduction C-000357 / Gravure par A. Benoist en 1761 d'une œuvre d'art par Richard Short intitulée « Une vue de l'église Notre-Dame-des-Victoires » (ou « A View of the Church of Notre-Dame-de-la-Victoire » en anglais) / Notez ici que le vrai nom de cette église située dans la Basse-Ville de Québec est bien « Notre-Dame-des-Victoires ».

1760 — Une autre grande bataille, la Bataille de Sainte-Foy, très près de Québec, sera livrée et gagnée par les Français en avril de cette année. Beaucoup d'hommes faisant encore partie des forces françaises après la Bataille des plaines d'Abraham se sont rendus à Montréal pour l'hiver et c'est là qu'ils se sont regroupés. Leur objectif principal, c'est de retourner à Québec au printemps suivant pour attaquer une garnison britannique qui est à la fois malade et affamée, afin de reprendre la capitale de la Nouvelle-France et son Mur fortifié.

1760 — Au cours du printemps, les Français, commandés par le général François-Gaston de Lévis, se rendent dans la région de Québec pour attaquer l'ennemi britannique qui occupe la ville de Québec et son Mur fortifié. Le général britannique à cette époque a pour nom James Murray.

1760 — Le 28 avril, le général Murray ordonne à ses soldats britanniques de déclencher des tirs d'artillerie sur les colonnes françaises à Sainte-Foy. Le général Lévis pour les Français est alors contraint de se réfugier avec ses hommes dans la forêt. Murray interprète à tort ce mouvement de troupes comme un mouvement de retraite et envoie donc ses forces dans une poursuite effrénée des Français. C'est à ce moment-là que les Français encerclent les Britanniques. Puis, cette bataille devient un combat corps à corps et un combat à mort, alors que les soldats des deux côtés du champ de bataille utilisent surtout leurs baïonnettes. Dans l'ensemble, la Bataille de Sainte-Foy constitue un vicieux combat de deux heures qui coûte plus de 1 000 hommes (morts, blessés ou disparus) aux Britanniques. Les Français, quant à eux, perdent plus de 800 hommes (morts ou blessés). Sur un nombre total d'environ 3 369 hommes qui livrent bataille pour les Britanniques et 7 161 hommes qui combattent pour les Français ce jour-là, de telles pertes humaines se révèlent énormes.


Cette peinture vous montre la Bataille de Sainte-Foy, remportée par les Français en deux heures environ, le 28 avril 1760.
Crédit pour cette image : Bibliothèque et Archives Canada / Numéro d'accès 1993-326-1 / Numéro de référence pour reproduction C-004501 / Peinture par George Bryant Campion, vers 1860, intitulée « Représentation de la Bataille de Québec (aussi décrite comme la Bataille de Sainte-Foy), le 28 avril 1760 » / Aquarelle sur crayon.

1760 — Donc, les Britanniques sont vaincus cette fois-ci et doivent à leur tour se réfugier rapidement à l'intérieur du Mur fortifié du Vieux-Québec, lequel va les avantager de beaucoup. Avant le printemps de 1760, ils ont pris soin de faire des réparations et d'apporter des améliorations mineures à ce Mur fortifié. D'autre part, le général Lévis, encouragé par sa victoire de grande importance à Sainte-Foy, est déterminé plus que jamais à reprendre la ville de Québec et son Mur fortifié pour le compte de la France. C'est pourquoi il commence un siège systématique de la ville de Québec. Mais les Britanniques, contrairement au général Montcalm et à ses officiers le 13 septembre 1759, vont utiliser le Mur fortifié construit par les Français à leur avantage et vont aussi prouver sans l'ombre d'un doute qu'il était prêt dès cette époque à être utilisé de la manière par rapport à laquelle il avait été construit en tout premier lieu (consistant à attendre des renforts tout en étant protégé).

1760 — Le général Lévis a beaucoup de canons, mais il est limité, par la quantité de munitions dont il dispose et par le calibre relativement faible des projectiles de ses canons, lesquels s'avèrent incapables d'ouvrir rapidement une brèche dans le Mur fortifié du Vieux-Québec.

1760 — Deux semaines après le début de ce siège, la glace sur le fleuve Saint-Laurent fond de plus en plus, à tel point que la navigation y est maintenant possible. Quelques jours plus tard, après le 8 mai, l'arrivée de navires de ravitaillement battant pavillon britannique plutôt que pavillon français scellent le sort de la Nouvelle-France. Amèrement déçu par cette tournure des événements, le général Lévis perd alors tout espoir de reprendre la ville de Québec et son Mur fortifié.

1760 — Lévis doit alors quitter la ville de Québec avec ses hommes. Il est finalement vaincu par les Britanniques sur l'Île Sainte-Hélène, en face du port de Montréal, le 8 septembre. Cette défaite finale de Lévis constitue également la défaite finale de la France au Canada. Les Britanniques ont réussi leur conquête. Le Mur fortifié du Vieux-Québec les a grandement avantagés dans leur effort de conquête et dans leur désir de garder le contrôle de la plus importante forteresse du Canada.

1760 — En réalité, c'est en ce 8 septembre 1760 que le Canada devient britannique de fait et que la Nouvelle-France cesse d'exister comme telle. Mais la présence et l'influence françaises resteront très fortes par la suite au Canada, principalement en raison de sa population française. À tel point que, de nos jours, l'anglais et le français sont les deux langues officielles de l'ensemble du Canada tandis que le français est la seule langue officielle du Québec et que plus de 95 % de la population vivant dans la ville de Québec parle français.