Québec

Améliorations apportées au Mur fortifié

Trois autres Guerres intercoloniales
provoquent
des améliorations au Mur fortifié

(1701 à 1758)

L'année 1701 marque le début de la deuxième Guerre intercoloniale (également connue sous le nom de « deuxième Guerre française et indienne » aux États-Unis), laquelle prendra fin en 1713. Elle oppose encore une fois la Nouvelle-France en tant que colonie de la France aux colonies britanniques d'Amérique du Nord. Par la suite, deux autres Guerres intercoloniales surviendront, toujours au cours du 18e siècle : la troisième Guerre intercoloniale (également connue sous le nom de « troisième Guerre française et indienne » aux États-Unis) de 1744 à 1748 et la quatrième Guerre intercoloniale (également connue sous le nom de « quatrième Guerre française et indienne » aux États-Unis) de 1754 à 1760. En tout et partout, ces trois Guerres intercoloniales auront une influence très profonde sur l'évolution du Mur fortifié du Vieux-Québec au cours du 18e siècle.

1701 — « La Grande Paix de Montréal, 1701 », comme on l'appelle à cette époque, marque la fin des Guerres franco-iroquoises. Il s'agit en fait d'un traité de paix signé à Montréal le 4 août entre le gouverneur français Louis-Hector de Callières, cinq nations iroquoises qui ont été affaiblies précédemment par des guerres continuelles et par des épidémies, ainsi que 35 autres nations amérindiennes. Les Iroquois s'engagent alors à vivre en paix avec les autres nations amérindiennes et à rester neutres dans l'éventualité d'une guerre entre la France et la Grande-Bretagne (ou la Nouvelle-France et les colonies britanniques). Les Français auront ainsi à se soucier d'un ennemi potentiel de moins en cherchant à améliorer le Mur fortifié du Vieux-Québec.


Ce portrait de Gaspard-Joseph Chaussegros de Léry, vers le milieu du 18e siècle, nous permet de nous familiariser davantage avec l'ingénieur en chef de la Nouvelle-France qui est le véritable « père » ou « créateur » du Mur fortifié du Vieux-Québec dans son ensemble, en tant que fortification enfermant ou entourant complètement la Haute-Ville du Vieux-Québec.
Crédit pour cette image : Musée national des beaux-arts du Québec / Numéro d'accès 1967.101 / Collection permanente / MNBAQ, salle 8 / Peinture par un(e) artiste inconnu(e) datant de 1745 environ / Intitulée « Gaspard-Joseph Chaussegros de Léry » / Reproduite avec la permission du Musée national des beaux-arts du Québec.
1711 — En juillet, pendant la deuxième Guerre intercoloniale, l'amiral britannique Hovenden Walker échoue dans sa tentative d'attaquer la ville de Québec. Il navigue alors vers la capitale de la Nouvelle-France, résolu à s'en emparer avec une flotte de 71 navires transportant 12 000 hommes, soit une force de loin supérieure à celle de l'amiral Phips en 1690 (avec une flotte de 34 navires transportant 2 350 hommes). Mais le fleuve Saint-Laurent s'avère une fois de plus un adversaire redoutable et l'arrête avant qu'il ne puisse atteindre la ville de Québec. En une seule nuit de tempête sur ce fleuve, l'amiral Walker perd huit de ses 71 navires et plus de 800 de ses 12 000 hommes. Atterré par la tournure des événements, il décide alors de rebrousser chemin et sa flotte fait demi-tour. Grâce au fleuve Saint-Laurent, cette attaque potentielle contre la ville de Québec n'aura jamais lieu, favorisant ainsi les Français. Et le Mur fortifié du Vieux-Québec n'aura pas besoin non plus de se révéler un facteur décisif face à une telle attaque.

1713 — La signature du traité d'Utrecht en Europe marque la fin de la seconde Guerre intercoloniale.

1715 — Le plus grand roi de France, Louis XIV dit « le Roi Soleil », nous quitte pour un monde meilleur. Sous son règne, de 1643 alors qu'il est à peine âgé de cinq ans jusqu'à sa mort en 1715 (pour un règne total de 72 ans), la Nouvelle-France et le Mur fortifié du Vieux-Québec ont fleuri. Il a également fait de la colonie appelée « la Nouvelle-France » une province de la France.

1716 — Gaspard-Joseph Chaussegros de Léry, le nouvel ingénieur en chef de la Nouvelle-France, arrive à Québec. Éventuellement, il va élaborer un brillant et durable plan d'ensemble pour le système de défense de la ville de Québec. Il sera le génie responsable de l'amélioration du Château Saint-Louis en 1724 et de la complétion du Mur fortifié du Vieux-Québec en tant qu'enceinte entièrement fermée après 1745. Il ira même jusqu'à initier la construction d'une Citadelle en 1750, laquelle constituera une partie importante de ses idées pour l'amélioration du Mur fortifié du Vieux-Québec.


Cette illustration dessinée par Chaussegros de Léry lui-même vous montre son plan pour l'amélioration du Château Saint-Louis, laquelle est effectivement réalisée en 1723 et 1724. De haut en bas de cette illustration, vous pouvez voir : sa nouvelle aile est (en haut, à gauche), sa nouvelle aile ouest (en haut, à droite), sa nouvelle façade du côté sud qui fait face au fleuve Saint-Laurent et à la Basse-Ville du Vieux-Québec (au milieu, en haut), sa nouvelle façade du côté nord qui fait face à la cour et à la Haute-Ville du Vieux-Québec (au milieu, en bas) et ses nouveaux sous-sols (en bas complètement de l'illustration).
Crédit pour cette image : Plans et élévations du Château Saint-Louis, en 1724, par Chaussegros de Léry / Dans la revue « Archéologiques », numéro 22, Association des archéologues du Québec, Québec, 2009, page 97 / Et aussi dans ANOM, FR CAOM 3DFC408B.
Source de cette image : fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Chateau_Saint-Louis_1724.jpg
1720 — Dans le cadre du plan d'ensemble de Chaussegros de Léry, au cours de cette année : 

  • La porte du Palais, d'abord construite en 1691, est restaurée. La structure restaurée de cette porte située dans la Côte du Palais durera jusqu'en 1790.
  • La porte Saint-Louis, d'abord construite en 1693, est restaurée. La structure restaurée de cette porte durera jusqu'en 1791.
  • La porte Saint-Jean,d'abord construite en 1693, est démolie et puis reconstruite. La nouvelle structure de cette porte durera jusqu'en 1790.

1724 — Toujours dans le cadre du plan d'ensemble de Chaussegros de Léry, le deuxième Château Saint-Louis est transformé en 1723 et 1724 en un véritable palais digne de Louis XV, le nouveau roi de France. Après la signature du traité d'Utrecht en 1713 et la paix qui s'ensuit, le Château Saint-Louis assume une fonction plus résidentielle et Chaussegros de Léry est conscient de cette nouvelle fonction. Il ajoute alors une aile et deux pavillons, ce qui ajoute de la symétrie au bâtiment. Quelques dépendances sont construites dans sa cour et son jardin potager est transformé en jardin d'agrément. Le Château Saint-Louis devient ainsi un symbole encore plus important de pouvoir et de prestige.

1744 — La troisième Guerre intercoloniale (également connue sous le nom de « troisième Guerre française et indienne » aux États-Unis) commence et durera jusqu'en 1748. La guerre de frontières va être sévère au cours de cette période, mais non concluante. Québec et son Mur fortifié ne seront pas attaqués.

1745 — L'événement le plus significatif de la troisième Guerre intercoloniale survient le 27 juin de cette année. Les Britanniques, grâce à une expédition coloniale sous le commandement de Sir William Pepperrell et à une flotte sous le commandement de Sir Peter Warren, s'emparent de la vaste forteresse de Louisbourg, construite par les Français entre 1720 et 1740 sur l'île du Cap-Breton (qui fait partie de la Nouvelle-Écosse de nos jours), en Acadie.


La vaste forteresse de Louisbourg se révèle stratégiquement très importante à cette époque. C'est en grande partie à cause de son emplacement, puisqu'elle se trouve près de l'entrée du fleuve Saint-Laurent en provenance de l'océan Atlantique.
© 1998 Parcs Canada / Brochure intitulée « Les fortifications de Québec », page 10 / Graphique reproduit avec la permission de Parcs Canada.

1745 — La capture de Louisbourg par les Britanniques a un impact profond et décisif sur l'avenir du Mur fortifié du Vieux-Québec. La population de la ville de Québec est prise de panique. Elle estime que, sans la forteresse de Louisbourg, il ne reste plus rien pour arrêter l'ennemi et l'empêcher de remonter le fleuve Saint-Laurent. Cette population constate également que le Mur fortifié de 1693 est en très mauvais état et qu'il doit être amélioré.

1745 — Suite à la capture de Louisbourg et aux pressions de la population de Québec, les autorités principales de la Nouvelle-France se réunissent au Château Saint-Louis et décident d'entreprendre la construction des remparts et des fortifications proposés par l'ingénieur en chef de la Nouvelle-France, Gaspard-Joseph Chaussegros de Léry, dans son plan d'ensemble. Les améliorations apportées à cette époque sont tellement bien faites que plusieurs d'entre elles font toujours partie du Mur fortifié du Vieux-Québec de nos jours. Les remparts construits par Chaussegros de Léry au cours de cette année respectent les principes de base d'un mur d'enceinte bastionné qui est renforcé par des fortifications classiques. Les constructeurs les plus actifs dans la ville de Québec à cette époque sont recrutés et une grande partie du travail nécessaire est effectuée par la population elle-même lors de « corvées » (de travaux imposés par les autorités publiques pour des projets communautaires qui sont spéciaux, comme celui-ci). Après ces améliorations et pour la première fois de son histoire légendaire, l'enceinte bastionnée du Mur fortifié du Vieux-Québec est entièrement fermée et entoure complètement ce qui constitue de nos jours la Haute-Ville du Vieux-Québec.


Cette illustration nous donne une bonne idée de la complexité qu'implique la construction d'un mur d'enceinte bastionné qui est renforcé par des fortifications classiques. La profondeur du Mur fortifié du Vieux-Québec sur son côté ouest (son côté bastionné) atteint à cette époque plus de 75 mètres (246 pieds) et nous pouvons voir ici pourquoi : la présence d'un fossé, d'ouvrages extérieurs, d'un chemin couvert et par-dessus tout d'un glacis (d'un talus incliné en pente douce qui cache le côté ouest du Mur fortifié de la vue de l'ennemi) justifie pleinement ce genre de profondeur. Quant à la quantité de terre et de pierres nécessaires pour une construction d'une telle complexité, elle s'avère, elle aussi, tout simplement phénoménale.
© 1998 Parcs Canada / Brochure intitulée « Les fortifications de Québec », page 11 / Graphique reproduit avec la permission de Parcs Canada.

1748 — La signature du traité d'Aix-la-Chapelle en Europe marque la fin de la troisième Guerre intercoloniale. La vaste forteresse de Louisbourg est rendue à la France en vertu de ce traité de paix. Et les colonies britanniques d'Amérique du Nord n'en sont pas heureuses.

1750 —Dans le cadre du plan d'ensemble de Chaussegros de Léry, la construction de la Citadelle est commencée par les Français, au sommet des hautes falaises du Cap Diamant. Bien sûr, cette construction se révèle encore loin de la Citadelle temporaire de 1783 et de la Citadelle permanente de 1831. Mais elle marque néanmoins le véritable début de la Citadelle. Des éléments de cette forteresse datant de 1750 seront d'ailleurs intégrés plus tard aux deux structures nouvelles et élargies de la Citadelle, aussi bien en 1783 qu'en 1831.

1754 — La quatrième et dernière Guerre intercoloniale (également appelée « Guerre de la conquête » au Québec et connue sous le nom de « quatrième Guerre française et indienne » aux États-Unis) commence et durera jusqu'en 1760. Cette guerre sera plus tard considérée comme faisant partie de la « Guerre de Sept Ans » (de 1756 à 1763) en Europe, dont on dira qu'il s'agit du tout premier conflit mené globalement, à l'échelle mondiale. L'Empire britannique émergera de cette Guerre de Sept Ans plus fort que jamais tandis que le Canada deviendra un des plus grands gains provenant de ce conflit global pour la Grande-Bretagne. Cependant, la ville de Québec et son Mur fortifié ne seront pas attaqués avant 1759.

1758 — Chaussegros de Léry nous quitte pour un monde meilleur le 23 mars de cette année. Il est toujours ingénieur en chef de la Nouvelle-France à sa mort (40 ans après 1716) et laisse derrière lui une œuvre des plus remarquables en tant que véritable « père » ou « créateur » du Mur fortifié du Vieux-Québec dans son ensemble, considéré comme une fortification enfermant ou entourant complètement la Haute-Ville du Vieux-Québec.

1758 — La vaste forteresse de Louisbourg est de nouveau capturée et puis détruite par les Britanniques. Cette fois-ci, ils veulent être absolument certains qu'elle ne sera pas plus tard rendue encore une fois à la France, en raison d'un autre traité de paix signé en Europe. Donc, ils sont déterminés à la détruire aussitôt après s'en être emparés. Et c'est ce qu'ils font.

1758 — Le plan d'ensemble de Chaussegros de Léry pour le système de défense de Québec et pour son Mur fortifié (incluant le début de la construction de la Citadelle) est alors presque complété. L'enceinte de ce Mur fortifié (formant une structure fermée ou encore un espace clos) n'est pas complètement finie, à la fin de cette année. Mais elle est suffisamment avancée pour être capable de devenir un facteur majeur dans la protection de la ville de Québec et de ses soldats français, si ces soldats se voient dans l'obligation d'attendre des renforts (des troupes supplémentaires, de l'aide, du matériel ou toute autre forme de soutien), dans le cas d'une attaque britannique de grande envergure contre la capitale de la Nouvelle-France. Le but essentiel d'une fortification et plus encore d'un Mur fortifié, c'est d'être capable d'attendre des renforts tout en étant protégé. En 1758, ce but essentiel est déjà à la portée de l'armée française avec le Mur fortifié qui entoure la Haute-Ville du Vieux-Québec, mais encore faut-il que le général français et ses officiers français aient confiance en ce Mur fortifié. Cette confiance est absolument nécessaire pour que le Mur fortifié du Vieux-Québec puisse remplir son rôle adéquatement, de la manière conçue dès le départ par Chaussegros de Léry.


Cette carte de la ville de Québec, en 1757 environ, illustre les étonnantes réalisations de Chaussegros de Léry en tant qu'ingénieur en chef de la Nouvelle-France, dans le domaine de l'urbanisme militaire. Elle vous montre également l'influence profonde qu'il a eue en ce qui concerne la réalisation d'un Mur fortifié « qui enferme » ou « qui entoure » complètement la Haute-Ville du Vieux-Québec.
Crédit pour cette image : Carte ancienne de Paulus Swaen / Plan de la Ville de Québec / Gravure publiée par PRÉVOST à Paris, vers 1757 / Kershaw 1054 / Numéro d'identification de l'article 17851.
Source de cette image : swaen.com/antique-map-of.php?id=3576