Québec

Le 4e Fort St-Louis et le 2e Château St-Louis

Durant la première Guerre intercoloniale,
Frontenac fait construire
le quatrième Fort Saint-Louis
et le deuxième Château Saint-Louis

(1689 à 1700)

L'année 1689 marque le début de la première Guerre intercoloniale (également connue sous le nom de « première Guerre française et indienne » aux États-Unis), laquelle prendra fin en 1697. Opposant la Nouvelle-France en tant que colonie de la France aux colonies britanniques d'Amérique du Nord, cette première Guerre intercoloniale ainsi que les trois autres Guerres intercoloniales qui vont la suivre (jusqu'en 1760) auront pour but ultime de maintenir (pour la France) ou d'obtenir (pour la Grande-Bretagne) la domination de la partie nord-est de l'Amérique du Nord, dans la mesure où une telle domination favoriserait l'exploitation de ses vastes ressources. En tout et partout, ces quatre Guerres intercoloniales auront une influence très profonde sur l'évolution du Mur fortifié du Vieux-Québec.

1689 — Durant sa deuxième période de service à titre de gouverneur de la Nouvelle-France, de 1689 à sa mort en 1698, Louis de Buade, comte de Frontenac et de Palluau, va vaincre les Britanniques au cours d'un affrontement majeur impliquant le Mur fortifié du Vieux-Québec et va également mettre en œuvre des changements importants pour ce Mur fortifié, soit la construction d'un quatrième Fort Saint-Louis en 1693 et d'un deuxième Château Saint-Louis en 1694.

1689 — Dans le cadre de la première Guerre intercoloniale, Frontenac mène des raids (ou des « expéditions de guérilla ») contre des postes frontière britanniques, tout comme les Britanniques eux-mêmes le font contre des postes frontière français. Toutes les conditions sont donc réunies pour une contre-attaque britannique de première importance. Frontenac est pleinement conscient de cette possibilité. Et cela va effectivement se produire en 1690.

1690 — Une flotte est rassemblée par les dirigeants de deux colonies britanniques et placée sous le commandement de Sir William Phips, dans le but de s'emparer de Port-Royal (en Nouvelle-Écosse de nos jours), qui constitue à cette époque le poste-clé pour les Français en Acadie. Les Britanniques réussissent à s'emparer de Port-Royal le 21 mai.

1690 — Encouragés par une telle réussite, ces dirigeants britanniques décident alors de tenter une attaque majeure contre la capitale de la Nouvelle-France : la ville de Québec. Ils rassemblent une flotte encore plus imposante que la flotte rassemblée pour s'emparer de Port-Royal, faite de 34 navires transportant 2 300 miliciens et 50 Amérindiens. Ces navires remontent le fleuve Saint-Laurent et jettent l'ancre dans le port de Québec le 16 octobre. Mais Frontenac a fait construire rapidement une enceinte spéciale se composant de 11 petites redoutes (petits ouvrages de fortification isolés) en pierre reliées entre elles par une palissade en bois pour cette occasion particulière. De plus, Frontenac compte lui-même sur une force armée d'environ 3 000 hommes.

1690 — Les préparatifs militaires de Frontenac vont se révéler fort utiles pour les Français. Le 17 octobre, au lendemain de son arrivée, l'amiral britannique Phips dépêche un émissaire pour rencontrer Frontenac. Cet émissaire est conduit par les Français à travers les rues de la ville de Québec, les yeux bandés et sous les huées répétées de foules moqueuses. Cette tactique française vise à exagérer dans l'esprit de l'émissaire en question le nombre de personnes se trouvant à l'intérieur du Mur fortifié du Vieux-Québec. Puis, l'émissaire de Phips livre son message à Frontenac, le sommant de se rendre. À son tour, Frontenac lui donne cette simple et fameuse réplique : « Non ! Je n'ai point de réponse à faire à votre général… que par la bouche de mes canons et à coups de fusils ! ». Et il tiendra parole.

1690 — Suite à cette confrontation entre l'émissaire de Phips et Frontenac, le siège de la ville de Québec par les Britanniques ne dure que quelques jours. Le Mur fortifié du Vieux-Québec connaît alors sa deuxième grande épreuve, la Bataille de Québec. Pour les Britanniques, le manque de coordination entre leurs forces navales et terrestres se révèle désastreux. Frontenac, un combattant colonial très expérimenté, s'avère un tacticien militaire très supérieur à son adversaire. Les canons de la ville de Québec, tel que prédit par Frontenac, causent de lourds dommages aux navires de guerre de l'amiral Phips et le forcent ainsi à battre en retraite. Le rude climat finit également par être un facteur. L'arrivée de la fin de l'automne et de températures plus froides engendre des problèmes majeurs pour les Britanniques tandis qu'elle favorise les Français qui y sont plus habitués. La victoire est complète pour les Français : ils terminent les hostilités avec seulement neuf morts et 52 blessés alors que les Britanniques subissent des pertes de 150 morts et 150 blessés. Sur le chemin du retour, 500 autres Britanniques ayant fait ce voyage vont mourir à la suite de maladies et de naufrages sur le fleuve Saint-Laurent.

1691 — Les Français reprennent Port-Royal (en Nouvelle-Écosse de nos jours), en Acadie.

1691 — Cette année marque le début des portes destinées à devenir des sections du Mur fortifié du Vieux-Québec, alors que la porte du Palais devient la première porte construite. La structure particulière de cette porte située dans la Côte du Palais durera jusqu'en 1720.

1692 —Après le siège de Québec en 1690, Frontenac fait installer une batterie de 17 canons au sud du premier Château Saint-Louis. Il ordonne également la reconstruction du Fort Saint-Louis, en utilisant des principes de fortification mis au point en France par l'ingénieur militaire Sébastien Le Prestre de Vauban, au 17e siècle, sous le règne du roi Louis XIV. Frontenac vise ainsi une ligne de défense capable de résister à un siège de style européen. Et la France, la mère patrie de la Nouvelle-France, est prête à cette époque à investir dans un tel système de défense pour la ville de Québec, prenant en considération l'expérience du siège de 1690.

1693 — Ce nouveau fort, le quatrième Fort Saint-Louis, est effectivement construit, pendant l'été de 1693 et se révèle presque quatre fois plus grand que le troisième Fort Saint-Louis. Il peut être considéré à juste titre comme « l'ancêtre » direct aussi bien du côté ouest du Mur fortifié du Vieux-Québec que de la Citadelle aux 18e et 19e siècles… parce que beaucoup d'importance est accordée dès cette époque au côté ouest de la ville de Québec, ou encore aux seules sections du Mur fortifié du Vieux-Québec qui ne sont pas naturellement renforcées par une longue pente abrupte résultant de la présence des hautes falaises de la ville de Québec. Ce quatrième Fort Saint-Louis est formé d'un rempart classique fait de terre et capable d'absorber l'impact de tirs d'artillerie par l'ennemi, tout en étant entièrement maintenu en place par un mur fait de bois. Deux ouvrages de maçonnerie complètent son enceinte et une redoute (un ouvrage de fortification isolé) est également construite au sommet du Cap Diamant.

1693 — La porte Saint-Louis est construite et est destinée à devenir une section du Mur fortifié du Vieux-Québec. La structure particulière de cette porte durera jusqu'en 1720, quand la porte Saint-Louis sera restaurée.

1693 — La porte Saint-Jean est construite et est destinée à devenir une section du Mur fortifié du Vieux-Québec. La structure particulière de cette porte durera jusqu'en 1720, quand la porte Saint-Jean sera démolie et reconstruite.

1694 — Le gouverneur Frontenac a aussi élaboré des plans pour un nouveau Château Saint-Louis, de sorte qu'il soit mieux adapté à toutes les fonctions du gouverneur et apte à recevoir le roi de France s'il décide de visiter la colonie de la Nouvelle-France. Durant cette année, le premier Château Saint-Louis est démoli et ensuite le deuxième Château Saint-Louis est construit. Comme le premier Château Saint-Louis, c'est un bâtiment en pierre. Mais il est long de 36 mètres (118 pieds) avec deux étages, par rapport à une longueur de 26,2 mètres (86 pieds) avec un seul étage pour le premier Château Saint-Louis. Il comporte un hall central et deux ailes, dont une à chaque extrémité de ce bâtiment. Et il est recouvert d'un toit en ardoise, par comparaison avec le toit en bardeaux du premier Château Saint-Louis.

1696 — La deuxième série de Guerres franco-iroquoises, qui a commencé en 1684 et va persister jusqu'en 1701, se calme vraiment pendant et après cette année.

1697 — Le traité de Ryswick en Europe marque la fin de la première Guerre intercoloniale. Mais par la suite, cette paix entre les Français et les Britanniques en Amérique du Nord ne durera pas longtemps.

1698 — Frontenac nous quitte pour un monde meilleur. Il est toujours gouverneur de la Nouvelle-France au moment de son décès.