Québec

Les 1er et 2e Forts Saint-Louis pour la France

Les Français nomment cette région devenue ville
« Québec » et Champlain fait construire
les deux premiers Forts Saint-Louis

(1534 à 1635)

Avec l'arrivée des premiers Européens en 1534, les nations et les tribus amérindiennes vivant dans le territoire qui comprend de nos jours le Québec doivent s'adapter à une toute nouvelle réalité, en ce qui concerne ce territoire qui a été jusque-là leur territoire exclusif. Des alliances vont alors se développer entre plusieurs des « Premières nations » et les Français, tandis que d'autres peuples amérindiens, dont les Iroquois en particulier, vont demeurer de formidables et très redoutés ennemis des Français tout au long des 16e et 17e siècles. Éventuellement, les Iroquois vont même s'allier avec les Anglais (avant 1603) qui deviendront par la suite les Britanniques (après 1603) contre les Français et leurs alliés amérindiens. Les Anglais (avant 1603) / puis Britanniques (après 1603) vont d'ailleurs se montrer de plus en plus empressés de profiter des ressources de la vallée du Saint-Laurent. En outre, les Français vont craindre également la concurrence d'autres compagnies intéressées à la traite des fourrures. Finalement, toutes ces pressions vont se manifester de manière à provoquer la naissance et l'amélioration progressive du Mur fortifié du Vieux-Québec en tant qu'élément essentiel d'un système de défense de premier ordre visant à protéger la région de Québec.

1534 — Le 24 juillet, le navigateur et explorateur français Jacques Cartier découvre et prend officiellement possession du pays qu'il appelle le « Canada » . au nom du roi de France à cette époque, François Ier. Le mot « Canada » choisi par Cartier provient en fait du mot amérindien « Kanata », lequel signifie tout simplement « village ». Dans ce cas particulier, le Canada deviendra certainement par la suite un très grand « village ». Lors de son premier voyage au Canada, Jacques Cartier se rend principalement à Gaspé, dans la partie sud-est du territoire qui comprend de nos jours le Québec, et c'est là précisément qu'il fonde le Canada ce jour-là.

1535 — Le 19 mai, Jacques Cartier quitte le port de Saint-Malo en France pour son deuxième voyage au Canada. Cette fois-ci, il se concentre sur l'exploration du fleuve Saint-Laurent jusqu'à la hauteur du village amérindien d'Hochelaga (situé à cette époque là où se trouve la ville de Montréal de nos jours). Des Amérindiens lui disent alors que « ce fleuve est tellement long que personne ne s'est jamais rendu jusqu'à son autre extrémité ». À ce moment-là, il pense sans doute que ce très long fleuve pourrait être le grand passage vers l'ouest qui mènerait au Japon et à la Chine ainsi qu'à tout le continent asiatique. De nombreux explorateurs européens ont recherché activement un tel passage depuis le début de l'Âge des grandes découvertes (depuis le début du 15e siècle). Effectivement, le fleuve Saint-Laurent se révélera par la suite d'une longueur très impressionnante, mais pas jusqu'à atteindre l'Asie.


Cette peinture représente la rencontre en 1535 entre l'explorateur français Jacques Cartier et un groupe d'Iroquois près de leur village de Stadaconé, situé là où se trouve aujourd'hui la ville de Québec. Cette cruciale rencontre historique prend place au cours du deuxième voyage de Cartier au Canada, après qu'il ait fondé ce pays en 1534 lors de son premier voyage. C'est au cours de ce deuxième voyage que Cartier et 110 marins à bord de trois navires français explorent le fleuve Saint-Laurent, se rendant jusqu'au village amérindien d'Hochelaga (situé là où se trouve la ville de Montréal de nos jours).
Crédit pour cette image : Musée national des beaux-arts du Québec / Numéro d'accès 1934.12 / à partir d'une peinture originale appelée « Jacques Cartier rencontre les Indiens à Stadaconé, 1535 » par Marc-Aurèle de Foy Suzor-Coté, 1907 / Collection permanente / MNBAQ, salle 7 / Reproduite avec la permission du Musée national des beaux-arts du Québec.
Source de cette image : Service des communications, Ville de Québec / Livre en français sur le 400e anniversaire de la ville de Québec, intitulé « Québec, ma ville, mon 400e », 2009 / Page 12 / Reproduite avec la permission également des Archives de la Ville de Québec.

1541 — Au cours de son troisième et dernier voyage au Canada, Jacques Cartier obéit aux ordres du roi François Ier consistant à y lancer un projet de colonisation française. Pour cette raison, il tente d'établir un poste permanent à l'emplacement où se trouve de nos jours la ville de Cap-Rouge, à quelques kilomètres (ou milles) à l'ouest de l'emplacement où se trouve de nos jours la ville de Québec. C'est à cet emplacement précisément qu'il crée un poste « fortifié » auquel il donne le nom de « Charlesbourg-Royal ». Deux forts en bois sont construits pour assurer sa protection. Ces deux forts en bois ne dureront pas longtemps, mais ils peuvent également être considérés comme des « ancêtres » indirects du Mur fortifié du Vieux-Québec.

1603 — Durant cette année, l'Angleterre se métamorphose en « Grande-Bretagne » (unissant l'Angleterre, le pays de Galles et l'Écosse). Puis, cette toute nouvelle Grande-Bretagne décide résolument d'étendre son « Empire britannique » avec la colonisation de l'Amérique du Nord ainsi que d'autres parties du monde. Dans le cas particulier du Canada, cela veut dire que « l'Empire britannique » fera dorénavant face à « l'Empire français » pour son contrôle et l'exploitation de ses ressources.

1608 — Le navigateur et explorateur français Samuel de Champlain réussit à établir le premier poste permanent de la France en Nouvelle-France. D'abord et avant tout, il est à la recherche d'un emplacement pour établir un poste de traite des fourrures. Mais il réalise rapidement qu'il doit le protéger contre des ennemis potentiels et le conçoit donc, de plus en plus, comme un poste « fortifié » de traite des fourrures. Le 3 juillet 1608, il fonde une ville qu'il appelle d'abord « Quebecq » (d'après le mot amérindien « Kebec » signifiant « là où le fleuve se rétrécit »). Et c'est ainsi que naît la ville de « Québec ».


Le 3 juillet 1608, Samuel de Champlain arrive à un emplacement unique sur le fleuve Saint-Laurent, « là où le fleuve se rétrécit » avec de hautes falaises dominant chacun de ses deux côtés. Dès 1603, il a remarqué préalablement cet emplacement stratégique. Par la suite, il a tracé des plans (qu'il consulte sur cette image) pour y faire construire le premier poste européen au Canada destiné à devenir permanent. Et c'est à cet endroit précis, cinq ans plus tard, qu'il fonde la ville de « Quebecq », mieux connue depuis ce temps et encore de nos jours comme la ville de « Québec ».
© 2009 Service des communications, Ville de Québec / Livre en français sur le 400e anniversaire de la ville de Québec, intitulé « Québec, ma ville, mon 400e » / Page 15 / à partir d'une affiche originale appelée « Samuel de Champlain traçant les plans de la Ville de Québec » et datée de 1908 / Collection Yves Beauregard / Archives de la Ville de Québec / Image reproduite avec la permission des Archives de la Ville de Québec.

1608 — Au cours de ce même été, Champlain fait construire sa première « Habitation fortifiée » dans la Basse-Ville de ce qui constitue de nos jours le Vieux-Québec, pas loin du fleuve Saint-Laurent. Il l'appelle « Abitation de Quebecq » (en français de cette époque). Une grande partie des travaux de construction sont réalisés par d'habiles charpentiers-menuisiers originaires de Honfleur, en France. En outre, le navire de Champlain a déjà transporté précédemment la plus grande partie de tout ce qui est nécessaire pour construire sa première Habitation fortifiée, y compris : des encadrements pour les fenêtres, des outils et d'autres matériaux de construction.


Cette illustration de la première « Habitation fortifiée » de Champlain, située dans la Basse-Ville de ce qui constitue de nos jours le Vieux-Québec, nous permet de voir qu'elle sert à la fois : de résidence, de poste de traite des fourrures et de ce qui peut être considéré comme le premier véritable « système de défense » pour la ville de Québec, aussi rudimentaire soit-il. Il s'agit donc cette fois-ci d'un « ancêtre » direct du Mur fortifié du Vieux-Québec, même si cette Habitation fortifiée est située dans la Basse-Ville. Construite en bois, ses murs verticaux et son fossé de protection permettent d'en restreindre l'accès tandis que des plates-formes spéciales favorisent la mise à feu de ses canons.
© 2009 Service des communications, Ville de Québec / Livre en français sur le 400e anniversaire de la ville de Québec, intitulé « Québec, ma ville, mon 400e » / Page 16 / Gravure appelée « La première maison érigée à Québec » (ou « The first house erected in Québec » en anglais), 1880 / Archives de la Ville de Québec / Image reproduite avec la permission des Archives de la Ville de Québec.

1609 — Champlain veut continuer d'explorer plus à l'ouest, mais ses alliés amérindiens sont réticents à l'aider ou même à lui permettre de faire de telles explorations. Pour dénouer cette impasse, les deux parties consentent à un compromis. Champlain et ses soldats français vont aider leurs alliés amérindiens contre leurs ennemis jurés, les Iroquois, tandis qu'en retour ils vont aider Champlain et ses hommes à explorer plus à l'ouest. Ce qui explique qu'ils vont combattre ensemble dans une guerre contre les Iroquois au cours des années 1609-1610 et que, par la suite, Champlain sera en mesure de poursuivre ses explorations plus à l'ouest.

1616 — La première Habitation fortifiée est agrandie par Champlain, afin de renforcer sa fonction défensive.

1620 — La construction du premier « Fort Saint-Louis » par Champlain, dans la Haute-Ville du Vieux-Québec et au sommet des hautes falaises qui font face au fleuve Saint-Laurent, marque le véritable début du Mur fortifié du Vieux-Québec. Son emplacement à l'un des endroits les plus élevés de la ville de Québec est parfait pour la protéger et pour offrir un refuge sécuritaire à ses habitants en cas d'attaque ennemie. Cependant, ce premier Fort Saint-Louis est petit et il s'agit d'un fort qui est lui aussi construit en bois. Un sentier qui va devenir éventuellement la « Côte de la Montagne » dans la ville de Québec permet alors à Champlain de marcher entre son Habitation fortifiée dans la Basse-Ville du Vieux-Québec et le Fort Saint-Louis dans la Haute-Ville du Vieux-Québec.

1623 — Une deuxième Habitation fortifiée est construite par Samuel de Champlain pour remplacer la première, toujours dans la Basse-Ville du Vieux-Québec. Parce qu'une simple expansion de sa première Habitation fortifiée, comme en 1616, ne suffirait pas pour faire face aux besoins croissants de son Habitation fortifiée dans le but de remplir adéquatement ses fonctions résidentielles, commerciales et défensives.


Cette maquette de la deuxième Habitation fortifiée de Champlain en 1635 nous permet de voir la différence entre sa première Habitation fortifiée et sa deuxième Habitation fortifiée. Toutes les fonctions de son Habitation fortifiée vont en s'accroissant, à tel point qu'une complète reconstruction semble plus appropriée en 1623 qu'une nouvelle expansion de sa première Habitation fortifiée, comme en 1616. Cette maquette vous montre également la Basse-Ville du Vieux-Québec (l'emplacement de la première et de la deuxième Habitations fortifiées) par rapport à la Haute-Ville du Vieux-Québec (au sommet des hautes falaises) à ce moment-là. Notez la présence du deuxième Fort Saint-Louis dans la Haute-Ville (en haut et à gauche de l'image), lequel va être construit en 1626. Quant au sentier qui relie la Basse-Ville à la Haute-Ville du Vieux-Québec et qui va devenir éventuellement la Côte de la Montagne, il est aussi visible sous forme de sentier sinueux sur cette maquette.
© 2009 Photo par Jean-Pierre Lavoie d'une maquette créée par Michel Bergeron, Vianney Guindon et Claude Paulette en 1987 / Musée de la civilisation, Québec.

1626 — Champlain fait construire un deuxième Fort Saint-Louis dans la Haute-Ville du Vieux-Québec, afin de remplacer le premier Fort Saint-Louis qui a été construit seulement six ans plus tôt. Il sent la nécessité d'un plus grand fort construit en bois et en terre. La pression provenant des Britanniques va en augmentant et Champlain est convaincu qu'il n'y a pas de temps à perdre dans l'amélioration du Fort Saint-Louis qui se trouve dans la Haute-Ville du Vieux-Québec. Une des grandes améliorations apportées, c'est la construction d'un encastrement en pierre dans les murs intérieurs de ce deuxième Fort Saint-Louis.

1629 —Les craintes de Champlain vont se révéler bien fondées. Le Mur fortifié du Vieux-Québec va faire face à sa première grande épreuve avec succès, mais la confrontation franco-britannique de cette époque va quand même se terminer par la reddition de la ville de Québec. À la solde de marchands britanniques, les frères Kirke (Lewis et Thomas) contournent l'Île d'Orléans, située sur le fleuve Saint-Laurent, juste à l'est de Québec, et arrivent à proximité de la ville de Québec en 1628. Mais ils ne sont pas capables de prendre d'assaut le deuxième Fort Saint-Louis, principalement en raison de sa situation stratégique. Alors, l'année suivante, en 1629, ils essaient une approche différente... et cette fois-ci, ça fonctionne. Ils réussissent à intercepter des navires de ravitaillement français sur le fleuve Saint-Laurent. Ce qui a pour effet d'affamer Champlain et ses troupes, puis de forcer la reddition de Québec par Champlain et la France, le 19 juillet 1629. Les Britanniques obtiennent ainsi le contrôle du poste de traite des fourrures dans la Basse-Ville du Vieux-Québec, du deuxième Fort Saint-Louis dans la Haute-Ville du Vieux-Québec et de la ville de Québec dans son ensemble.

1632 — Trois ans plus tard, avec la signature du traité de Saint-Germain-en-Laye en Europe, Champlain est en mesure de reprendre le contrôle du poste de traite des fourrures dans la Basse-Ville du Vieux-Québec, du deuxième Fort Saint-Louis dans la Haute-Ville du Vieux-Québec et de la ville de Québec dans son ensemble. La ville de Québec est rendue par la Grande-Bretagne à la France, avec le reste du Canada et l'Acadie.

1633 — Champlain est nommé gouverneur de la Nouvelle-France par la Compagnie de la Nouvelle-France (aussi appelée la Compagnie des Cent-Associés), le 23 mars 1633. Au cours des 126 années qui vont suivre, la ville de Québec ainsi que son Mur fortifié resteront sous le contrôle de la France.

1635 — Samuel de Champlain, fondateur de la ville de Québec et premier gouverneur de la Nouvelle-France, nous quitte pour un monde meilleur le jour de Noël. Il ne fait aucun doute qu'il mérite d'être considéré comme la personne la plus importante de toute l'histoire de la Nouvelle-France et aussi comme le véritable initiateur du Mur fortifié du Vieux-Québec. Ses deux Habitations fortifiées dans la Basse-Ville du Vieux-Québec (en 1608 et en 1623) ainsi que les deux premiers Forts Saint-Louis dans la Haute-Ville du Vieux-Québec (en 1620 et en 1626) auront donné le ton aux métamorphoses nombreuses et profondes que va connaître le Mur fortifié du Vieux-Québec au cours des siècles qui vont suivre.